Transcription de l’interview :
« _ Bonjour, tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à nos questions et de bien vouloir partager ton expérience personnelle avec nous. On va commencer avec des petites questions simples pour que nos lecteurs te connaissent un peu plus. Comment tu t’appelles ?
_ De rien, j’espère que mon témoignage vous aidera dans votre projet. Alors je m’appelle Anouk du coup.
_ Merci Anouk. Quel âge as-tu actuellement et quel âge avais-tu lors de ton hospitalisation ?
_ J’ai actuellement 15 ans et demi et si je me souviens, je devais avoir 13 ans et demi.
_ 13 ans et demi ? Tu devais être au collège, en 4ème non ?
_ Oui c’est exactement çà
_ Pour que nos lecteurs le sachent, si l’on t’interview c’est parce que, suite à une hospitalisation, tu as poursuivi ta scolarité à l’hôpital. Peux-tu nous dire quelques mots, sans rentrer dans des détails trop personnels, sur ton hospitalisation ?
_ Alors, j’ai été hospitalisé en cours d’année scolaire pendant 4 mois, ce qui est assez conséquent quand on sait qu’une année scolaire dure environ 9 mois. J’ai donc passé quasiment la moitié de mon année de 4ème à l’hôpital. Et donc, comme tu l’as dit, pour pallier à mon absence, j’ai suivi des cours pendant mon hospitalisation.
_ Dans notre projet, on se questionne notamment sur l’efficacité des adaptations proposées pour poursuivre sa scolarité. Mes questions vont donc se porter essentiellement sur ton retour à l’école. Comment as-tu vécue, ressentie ce retour à l’école, après 4 mois d’absence ?
_ Alors, j’étais vraiment stressée à l’idée de retourner à l’école. Puis j’avais aussi peur d’être en décalage en terme de niveau avec camarades car je n’ai pas suivi les cours comme eux. Même si j’ai bénéficié de cours à l’hôpital, dispensé par des professeurs, ce n’est quand même pas le même rythme que les cours classiques à l’école. J’avais peur de me sentir perdu, en cours d’être la seule à ne pas savoir de quoi on parle.
_ Je pense que beaucoup de personne, qui ont vécu la même chose que toi ont dû ressentir la même chose. Sais-tu s’il existe des sortes d’aides ou d’accompagnement pour le retour à l’école ?
_ Alors oui, après avoir bénéficié de l’école à l’hôpital, j’ai eu un accompagnement spécifique qui a pu se mettre en place. Il a été décidé par mon collège et aussi l’hôpital, donc médecins, assistantes sociales… On appelle ça un PAI, un Plan d’Accompagnement Individuel. Et donc, dans mon cas, j’ai eu droit à un aménagement dans mon emploi du temps, pour pouvoir m’aider à reprendre petit à petit le rythme de l’école.
_ Et donc, pour toi, au niveau scolaire, comment cela s’est passé ? Est-ce-que ça a été difficile pour toi de suivre les cours comme avant ?
_ Alors oui, j’ai vraiment senti une différence entre les cours à l’hôpital et les cours en l’école. Ça a été plus difficile pour moi de recommencer à suivre les cours à l’école, alors que j’ai quand même était plus habitué à suivre le rythme de l’école ‘classique’ bizarrement.
_ Peux-tu nous donner des exemples de difficultés dont tu as dû faire face ?
_ J’ai trouvé les cours à l’école plus ‘intenses’, plus ‘fatigants’ et ‘énergivores’. Je suis passée de suivre 3 heures de cours par jour, avec 1 ou 3 personnes max comme camarades à 7 à 9h de cours par jour, dans une classe entourée de 35 personnes. Ça m’a fait étrange. Puis vraiment encore une fois, le rythme n’était pas le même. En même temps, les conditions sont différentes aussi…
_ C’est intéressant ce que tu viens de soulever, sur les conditions qui sont différentes, nous allons y revenir dans notre enquête. Quel aspect de l’école ‘classique’ a été le plus difficile pour toi à te réhabituer ?
_ Je dirai le rôle de l’enseignant.
_ C’est-à-dire ?
_ Bah à l’hôpital j’avais un professeur pour moi, si je peux le dire ainsi. C’était beaucoup d’interactions 1 à 1 donc il était vraiment à l’écoute, attentif et c’était plus agréable. C’était vraiment comme le format d’une discussion quoi, contrairement à l’école où le professeur fait son cours à 35 élèves. Je n’étais plus habitué aussi à ce que les professeurs au collège soient si ‘occupés’. En même temps, je comprends un peu car les classes sont surchargées, ils ont un temps très limité pour faire leur cours et finir le programme et ils ne peuvent pas passer de temps à aller voir chaque élève individuellement, répondre à leur question ou tout réexpliquer si besoin.
_ Et donc c’est cet aspect-là qui t’a le plus manqué en retournant à l’école ?
_ Oui et puis surtout, de manière plus général, le fait d’être écouté, d’avoir quelqu’un qui est attentif à toi et qui est là pour toi et répondre à toutes tes questions et de pas être ‘anonyme’ au milieu de 35 élèves. Mais bon, y’avais aussi des bons côtés à revenir à l’école. Comme revoir mes amis qui m’ont manqué, c’est quand même agréable de travailler à côté de son ou sa meilleure amie. On ne va pas se mentir, discuter et interagir avec ses copains c’est sympa !
_ Et du coup, je vais te demander, car les notes peuvent être un indicateur assez objectif, y’a-t-il eu une grande différence entre tes notes avant et après ton hospitalisation ?
_ Pour ma part, j’ai toujours relativement été une élève sérieuse. Et malgré ce qu’on pourrait et ce que j’ai pu penser, mes notes sont plutôt restées les mêmes. Il n’y a pas eu de grosse baisse significative ni même de hausse.
_ Lors de ton suivi scolaire à l’hôpital, sais-tu si des professeurs à toi ont été en contact avec tes professeurs à l’hôpital ?
_ Alors je ne sais pas trop, je ne crois pas car les professeurs à l’hôpital connaissent le programme national, certains sont même bénévoles et enseignent au collège. Ils m’ont juste demandées où j’en étais dans le programme. Mais je sais vraiment que pour les élèves qui avaient des difficultés scolaires importantes avant leur hospitalisation, cela se fait beaucoup.
_ Par rapport à la réinsertion dans la classe, au milieu de 35 autres élèves, comment cela s’est passé pour toi ?
_ C’est vrai que c’était impressionnant pour moi de me retrouver à nouveau dans une classe de 35 élèves. C’était difficile au début mais j’ai vite repris l’habitude, je n’avais pas le choix de toute façon, toutes les autres classes étaient aussi peuplées que la mienne, ça ne servait à rien de changer de classe. Mais oui, encore une fois, c’était très impressionnant et même un peu stressant.
_ As-tu perdu contact lors de ton hospitalisation avec tes amis et tes autres camarades ?
_ Je pense que comme tout le monde, cela dépend du degré d’entente et d’amitié. Cela dépend aussi surtout de nous, si on a envie de garder contact. J’ai gardé contact avec certains de mes amis et avec d’autres non. Puis je me suis fait aussi de nouveau amis à l’hôpital.
_ Lors de ton retour à l’école, t’es-tu sentie plus seule, malgré le fait d’avoir retrouvé tes amis ?
_ Bizarrement oui. Mais après avoir réfléchis je me dis que ça vient du fait que les autres ne comprennent pas ce que t’as vécu et pourquoi soudainement tu as un peu de mal à suivre le rythme que tu trouves soutenu et qui pour eux est tout à fait normal. Ils ne comprennent pas trop que tu puisses avoir du mal et besoin de temps pour te réadapter à tout ça, car pour eux, tu étais là avant, donc tu sais ce que c’est. C’est surtout pour ça que je me sentais seule, car même si j’étais entourée, j’avais l’impression que personne me comprenait.
_ Il me reste une dernière question à te poser, d’ordre un peu social également. As-tu ressenti une différence dans la manière que les autres te traitaient, ça peut être tes professeurs, tes camarades ou d’autres personnes du corps éducatif ? Et, si oui, comment as-tu vu cela ?
_ Je pense que la plupart des membres du corps éducatif était au courant de ma situation et du coup j’ai l’impression qu’ils ont été beaucoup plus à l’écoute et attentif à moi. Certains sont venus me parler et m’ont fait savoir que je pouvais les solliciter à tous moment. J’ai trouvé cela très bienveillant et je pense que ça m’a aidé à me réhabituer plus vite au cadre scolaire. Ils ont tous fait pour que je me sente à l’aise, même si j’avais des besoins différents de ceux des autres élèves. Et puis, de même pour certains de mes camarades, qui m’ont beaucoup posé de questions pour comprendre, je me suis sentie moins seule et écoutée. Eux aussi, à leur manière, m’ont aidé à réintégrer l’école
_ Merci beaucoup Anouk pour toutes ces réponses et surtout pour le temps que tu nous as accordé ! On te souhaite toutes une bonne continuation et bon courage pour la suite !
_ De rien, je suis contente d’avoir pu vous aider.
_ A bientôt »