Ecole à l’hôpital ou comment s’adapter pour la continuité pédagogique

Quand on pense à l’école à l’hôpital, il est naturel de se demander ‘comment’. Car oui, l’hôpital est aux antipodes de l’école et pourtant, comme nous le voyons dans notre enquête, ils ne sont pas incompatibles. La réponse à la question, nous pouvons déjà vous la donner, est ‘aménagements’ et ‘adaptations’. Donc, comment cela se traduit-il en pratique ?

La plupart des structures pédiatriques font appel à des associations, comme celle de ‘L’Ecole à l’Hôpital’, d’utilité publique crée en 1901. Voici quelques chiffres clefs venant du site internet de l’association : ‘500 enseignants bénévoles, 24 000 cours dispensés à plus de 4 000 enfants malades’ et cela qu’en Île-de-France ! L’association est agrémentée par l’Education Nationale, les cours sont dispensés par de vrais professeurs et sont adaptés à l’élève. Cela sous-entend plusieurs choses :

  • Que le cours est conçu en fonction des besoins d’un seul élève (et non d’une classe entière selon un programme),
  • Que le cours tient compte de la santé physique et psychologique de l’élève,
  • Que le cours se construit autour de l’élève,
  • Que le cours prend en compte les demandes et les suggestions de l’élève.

En effet, par ‘cours’ on entend plutôt un temps de travail et d’échange individuel avec un professeur. Les enseignants s’attachent, au travers de leurs cours individuels sur mesure, à maintenir et/ou à remettre à niveau le jeune patient. La méthode du cours un individuel a prouvé son efficacité : selon certaines études, elle s’est avérée être trois fois plus efficace d’un cours collectif. Au-delà de l’enseignement de leur discipline, les professeurs cherchent aussi à faire de ce temps d’hospitalisation une opportunité en encourageant et motivant l’élève, en l’aidant à mieux s’organiser dans son travail, à développer son esprit critique, bref à s’évader de l’univers de l’hôpital à se projeter vers l’avenir. Ceci est même le but premier de l’école et de l’éducation : préparer et outiller l’élève pour son avenir, lui permettre de choisir son futur.
L’association fait en sorte d’adapter sa pédagogie et de moderniser les outils mis à la disposition des enseignants.

Alors, en pratiques, quelles sont ces adaptations ?

Les enseignements étant construits autour de l’élève, il en est acteur. De fait, le personnel soignant et le personnel éducatif sont à son écoute. Cela est notamment possible grâce au format individuel du cours, qui permet à l’enseignement de se concentrer pleinement sur l’élève. Il peut alors s’établir une vraie relation de confiance, qui sera propice à l’apprentissage de l’élève.

Ensuite, l’élève à l’hôpital a un emploi du temps beaucoup plus allégé que l’élève à l’école, ce qui est logique compte tenu des soins dont il a besoin. L’emploi du temps de l’élève à l’hôpital est ainsi très flexible et modulable : il peut choisir le jour-même quel cours il a envie de suivre (en fonction des disponibilités des professeurs venant de l’extérieurs) ou même s’il se sent d’avoir cours. Le mot clef ici est choix : ‘choisir’ responsabilise l’élève, favorisant ainsi sa motivation et son attention. Un élève a qui on donne la possibilité de choisir va être un élève qui se sentira concerné par son apprentissage et y participera activement. L’enfant avancera à son propre rythme, ce qui favorisera la constance de ses progrès.

De plus, un temps d’étude plus court permet de concentrer l’attention de l’élève. Lors d’une journée scolaire classique, les élèves peuvent avoir jusqu’à 9h de cours, rester attentif et performant pendant 9h relève de l’impossible. Ainsi, par exemple, 3h de cours individuel à l’hôpital peut avoir les mêmes résultats pour l’élève que plus de 3h de cours à l’école ‘classique’. On peut parler ici d’optimisation de l’apprentissage. D’un point de vue cognitif, pour l’élève et son apprentissage il faudrait s’en tenir à l’adage ‘less is more’. L’élève peut ainsi utiliser son temps libre pour explorer ses centres d’intérêts, développer d’autres compétences ou attraits.

Les quelques adaptations évoqués ci-dessus, sont ce qui se passe couramment dans les services pédiatriques. Mais, existe-il une structure ayant poussé cette démarche plus loin ? La réponse est oui. Que se passe-t-il alors quand la démarche va plus loin ? Nous allons le voir tout de suite.

En effet, lors de nos recherches nous nous sommes demandées s’il y avait une structure plus organisée pour les enfants admis à l’hôpital pour une très longue durée et on a découvert la mise en place au CHU de Rouen d’un centre d’enseignement spécialisé, le CESAH. Ce centre d’enseignement accompagne les enfants de la maternelle jusqu’à la terminale. De manière plus simple, une mini-école au sein de l’hôpital a été créée pour répondre aux besoins des jeunes patients.

Les enfants ont la possibilité d’avoir cours avec des enseignants, pour la plupart bénévole mais aussi des professeurs spécialisés qui travaillent à plein temps dans la structure en plus d’enseignants du second degré qui interviennent les après-midis. Ceci permet un véritable suivi dans le temps personnalisé.

Contrairement aux autres établissements offrant des cours individuels nous nous sommes interrogées sur la notion de classe. Le CESAH a créé des classes, mêlant différents niveaux et encadrées par plusieurs professeurs spécialisés. Cela permet aux enfants de retrouver la configuration ‘classe’ auquel ils sont tant habitués. Cela permet aux élève d’avoir des vrais camarades de classe (et pas des camarades ‘d’hôpital’) et de poursuivre leur socialisation dans des conditions essayant de se rapprocher le plus possible de la ‘normal’.

Les professeurs travaillant au CESAH, sont au cœur du parcours hospitalier de l’élève. En cela, ils peuvent représenter une personne de confiance, en qui l’élève peut se confier. Lors d’un reportage sur la structure nous avons pu constater que les enseignants étaient très proches des élèves. En effet, on peut y voir un enfant faire un bisou et un câlin à son enseignante, montrant ainsi que la relation élève-professeur à l’hôpital transcende, va au-delà de celle dans le milieu scolaire. Cela peut être bénéfique pour l’apprentissage compte tenu du rôle que peut y jouer l’affect, mais il faut tout de même rester vigilant à ce que l’élève ne dépende pas trop du professeur.

Le but de cet organisme est d’accompagner les enfants pour que, de retour à l’école, ils ne soient pas perdus, en décalage de niveau avec les autres. Mais bien plus encore, ce temps de cours leur permet d’oublier leur maladie et de faire une pause. Un des objectifs est de normaliser la situation par un élément qu’ils connaissent tous, l’école. L’école est un véritable repère lors du développement d’un enfant, le foyer familial et le foyer éducatif sont au centre de la vie de l’enfant. C’est aussi une manière pour eux de leurs donner des objectifs à atteindre en dehors de leur maladie et un rappel qu’il y a quelque chose qui les attends après leur hospitalisation.

A-t-on de vrais résultats concrets ? Oui, une étude a été mené par l’association Ecole à l’Hôpital en 2016 afin de mesurer l’impact de leur mission. Un questionnaire a été soumis à leur jeune élèves. Voici quelques points intéressants :

  • Plus de 70% des jeunes interrogés souhaite continuer à avoir cours lors de leur hospitalisation longue
  • 80% des élèves apprécient le format de cours individuel
  • Les principales satisfactions des élèves sur le cours individuel sont d’avoir des explications sur des sujets qu’ils ne comprenaient pas, de pouvoir adapter leur programme et de pouvoir discuter avec le professeur.
  • Plus de 60% des élèves, à la fin d’un cours individuel, ont le sentiment d’avoir compris et appris quelque chose
  • 65% des élèves estiment que l’enseignement à l’hôpital leur ont permis de faire des progrès scolaires
  • Pour plus de 70% des élèves, le temps du cours permet de placer leur pathologie au second plan
  • Plus de 60% des élèves, à la fin d’un cours, se sentent contents.

En bref : Le rôle de l’enseignant est fondamental. Il est ainsi impératif qu’il exerce au mieux son rôle. Pour un apprentissage optimal et agréable, il doit s’adapter à son élève. Malheureusement, les enseignants dans les établissements scolaires publics ‘classiques’ n’ont pas la possibilité, la marge de manœuvre nécessaire à cela. Les conditions n’y sont pas propices. Par ce présent article, nous pouvons voir ce qui pourrait être amélioré dans le système scolaires et les pédagogies actuelles :

  • Moins d’élèves dans les classes,
  • Un emploi du temps mieux pensé autour de l’élève lui laissant du temps de s’épanouir ailleurs que dans le cadre scolaire,
  • Un regroupement peut-être par niveau scolaire contrairement à selon l’âge (plutôt pour la fin du collège et le lycée),
  • Des cours à la carte, que les élèves puissent choisir les matières qui les intéressent et qu’ils souhaitent suivre,
  • Des professeurs plus disponibles, pour cela il faut qu’ils soient plus nombreux,
  • Prendre en compte le rôle des interactions avec les pairs pour l’apprentissage, pourquoi pas des cours de soutien entre élèves en difficultés et élèves experts dans une matières (cela peut aussi permettre de soulager le professeur)

Ceci ne sont que quelques idées mais la réponse à certaines problématiques actuelles peut se trouver dans la situation de l’Ecole à l’Hôpital : on apprend de chaque personne que l’on rencontre et de chaque situation.  

Bibliographie :

http://ecolealhopital-idf.org/wp-content/uploads/2016/11/V7-Rapport-denqu%C3%AAte-%C3%A9l%C3%A8ves-LECOLE-A-LHOPITAL.pdf

https://www.chu-rouen.fr/service/centre-denseignement-specialise-a-lhopital/
https://www.chu-rouen.fr/service/centre-denseignement-specialise-a-lhopital/