Interview d’une jeune élève ayant bénéficié de l’Ecole à l’Hôpital

Transcription de l’interview :

« _ Bonjour, tout d’abord merci d’avoir accepté de répondre à nos questions et de bien vouloir partager ton expérience personnelle avec nous. On va commencer avec des petites questions simples pour que nos lecteurs te connaissent un peu plus. Comment tu t’appelles ?

             _ De rien, j’espère que mon témoignage vous aidera dans votre projet. Alors je m’appelle Anouk du coup.

            _ Merci Anouk. Quel âge as-tu actuellement et quel âge avais-tu lors de ton hospitalisation ?

            _ J’ai actuellement 15 ans et demi et si je me souviens, je devais avoir 13 ans et demi.

            _ 13 ans et demi ? Tu devais être au collège, en 4ème non ?

            _ Oui c’est exactement çà

            _ Pour que nos lecteurs le sachent, si l’on t’interview c’est parce que, suite à une hospitalisation, tu as poursuivi ta scolarité à l’hôpital. Peux-tu nous dire quelques mots, sans rentrer dans des détails trop personnels, sur ton hospitalisation ?

            _ Alors, j’ai été hospitalisé en cours d’année scolaire pendant 4 mois, ce qui est assez conséquent quand on sait qu’une année scolaire dure environ 9 mois. J’ai donc passé quasiment la moitié de mon année de 4ème à l’hôpital. Et donc, comme tu l’as dit, pour pallier à mon absence, j’ai suivi des cours pendant mon hospitalisation.

            _ Dans notre projet, on se questionne notamment sur l’efficacité des adaptations proposées pour poursuivre sa scolarité. Mes questions vont donc se porter essentiellement sur ton retour à l’école. Comment as-tu vécue, ressentie ce retour à l’école, après 4 mois d’absence ?

            _ Alors, j’étais vraiment stressée à l’idée de retourner à l’école. Puis j’avais aussi peur d’être en décalage en terme de niveau avec camarades car je n’ai pas suivi les cours comme eux. Même si j’ai bénéficié de cours à l’hôpital, dispensé par des professeurs, ce n’est quand même pas le même rythme que les cours classiques à l’école. J’avais peur de me sentir perdu, en cours d’être la seule à ne pas savoir de quoi on parle.

            _ Je pense que beaucoup de personne, qui ont vécu la même chose que toi ont dû ressentir la même chose. Sais-tu s’il existe des sortes d’aides ou d’accompagnement pour le retour à l’école ?

            _ Alors oui, après avoir bénéficié de l’école à l’hôpital, j’ai eu un accompagnement spécifique qui a pu se mettre en place. Il a été décidé par mon collège et aussi l’hôpital, donc médecins, assistantes sociales… On appelle ça un PAI, un Plan d’Accompagnement Individuel. Et donc, dans mon cas, j’ai eu droit à un aménagement dans mon emploi du temps, pour pouvoir m’aider à reprendre petit à petit le rythme de l’école.

            _ Et donc, pour toi, au niveau scolaire, comment cela s’est passé ? Est-ce-que ça a été difficile pour toi de suivre les cours comme avant ?

            _ Alors oui, j’ai vraiment senti une différence entre les cours à l’hôpital et les cours en l’école. Ça a été plus difficile pour moi de recommencer à suivre les cours à l’école, alors que j’ai quand même était plus habitué à suivre le rythme de l’école ‘classique’ bizarrement.

            _ Peux-tu nous donner des exemples de difficultés dont tu as dû faire face ?

            _ J’ai trouvé les cours à l’école plus ‘intenses’, plus ‘fatigants’ et ‘énergivores’. Je suis passée de suivre 3 heures de cours par jour, avec 1 ou 3 personnes max comme camarades à 7 à 9h de cours par jour, dans une classe entourée de 35 personnes. Ça m’a fait étrange. Puis vraiment encore une fois, le rythme n’était pas le même. En même temps, les conditions sont différentes aussi…

            _ C’est intéressant ce que tu viens de soulever, sur les conditions qui sont différentes, nous allons y revenir dans notre enquête. Quel aspect de l’école ‘classique’ a été le plus difficile pour toi à te réhabituer ?

            _ Je dirai le rôle de l’enseignant.

            _ C’est-à-dire ?

            _ Bah à l’hôpital j’avais un professeur pour moi, si je peux le dire ainsi. C’était beaucoup d’interactions 1 à 1 donc il était vraiment à l’écoute, attentif et c’était plus agréable. C’était vraiment comme le format d’une discussion quoi, contrairement à l’école où le professeur fait son cours à 35 élèves. Je n’étais plus habitué aussi à ce que les professeurs au collège soient si ‘occupés’. En même temps, je comprends un peu car les classes sont surchargées, ils ont un temps très limité pour faire leur cours et finir le programme et ils ne peuvent pas passer de temps à aller voir chaque élève individuellement, répondre à leur question ou tout réexpliquer si besoin.

            _ Et donc c’est cet aspect-là qui t’a le plus manqué en retournant à l’école ?

            _ Oui et puis surtout, de manière plus général, le fait d’être écouté, d’avoir quelqu’un qui est attentif à toi et qui est là pour toi et répondre à toutes tes questions et de pas être ‘anonyme’ au milieu de 35 élèves. Mais bon, y’avais aussi des bons côtés à revenir à l’école. Comme revoir mes amis qui m’ont manqué, c’est quand même agréable de travailler à côté de son ou sa meilleure amie. On ne va pas se mentir, discuter et interagir avec ses copains c’est sympa !

            _ Et du coup, je vais te demander, car les notes peuvent être un indicateur assez objectif, y’a-t-il eu une grande différence entre tes notes avant et après ton hospitalisation ?

            _ Pour ma part, j’ai toujours relativement été une élève sérieuse. Et malgré ce qu’on pourrait et ce que j’ai pu penser, mes notes sont plutôt restées les mêmes. Il n’y a pas eu de grosse baisse significative ni même de hausse.

            _ Lors de ton suivi scolaire à l’hôpital, sais-tu si des professeurs à toi ont été en contact avec tes professeurs à l’hôpital ?

            _ Alors je ne sais pas trop, je ne crois pas car les professeurs à l’hôpital connaissent le programme national, certains sont même bénévoles et enseignent au collège. Ils m’ont juste demandées où j’en étais dans le programme. Mais je sais vraiment que pour les élèves qui avaient des difficultés scolaires importantes avant leur hospitalisation, cela se fait beaucoup.

            _ Par rapport à la réinsertion dans la classe, au milieu de 35 autres élèves, comment cela s’est passé pour toi ?

            _ C’est vrai que c’était impressionnant pour moi de me retrouver à nouveau dans une classe de 35 élèves. C’était difficile au début mais j’ai vite repris l’habitude, je n’avais pas le choix de toute façon, toutes les autres classes étaient aussi peuplées que la mienne, ça ne servait à rien de changer de classe. Mais oui, encore une fois, c’était très impressionnant et même un peu stressant.

            _ As-tu perdu contact lors de ton hospitalisation avec tes amis et tes autres camarades ?

            _ Je pense que comme tout le monde, cela dépend du degré d’entente et d’amitié. Cela dépend aussi surtout de nous, si on a envie de garder contact. J’ai gardé contact avec certains de mes amis et avec d’autres non. Puis je me suis fait aussi de nouveau amis à l’hôpital.

            _ Lors de ton retour à l’école, t’es-tu sentie plus seule, malgré le fait d’avoir retrouvé tes amis ?

            _ Bizarrement oui. Mais après avoir réfléchis je me dis que ça vient du fait que les autres ne comprennent pas ce que t’as vécu et pourquoi soudainement tu as un peu de mal à suivre le rythme que tu trouves soutenu et qui pour eux est tout à fait normal. Ils ne comprennent pas trop que tu puisses avoir du mal et besoin de temps pour te réadapter à tout ça, car pour eux, tu étais là avant, donc tu sais ce que c’est. C’est surtout pour ça que je me sentais seule, car même si j’étais entourée, j’avais l’impression que personne me comprenait.

            _ Il me reste une dernière question à te poser, d’ordre un peu social également. As-tu ressenti une différence dans la manière que les autres te traitaient, ça peut être tes professeurs, tes camarades ou d’autres personnes du corps éducatif ? Et, si oui, comment as-tu vu cela ?

            _ Je pense que la plupart des membres du corps éducatif était au courant de ma situation et du coup j’ai l’impression qu’ils ont été beaucoup plus à l’écoute et attentif à moi. Certains sont venus me parler et m’ont fait savoir que je pouvais les solliciter à tous moment. J’ai trouvé cela très bienveillant et je pense que ça m’a aidé à me réhabituer plus vite au cadre scolaire. Ils ont tous fait pour que je me sente à l’aise, même si j’avais des besoins différents de ceux des autres élèves. Et puis, de même pour certains de mes camarades, qui m’ont beaucoup posé de questions pour comprendre, je me suis sentie moins seule et écoutée. Eux aussi, à leur manière, m’ont aidé à réintégrer l’école

            _ Merci beaucoup Anouk pour toutes ces réponses et surtout pour le temps que tu nous as accordé ! On te souhaite toutes une bonne continuation et bon courage pour la suite !

            _ De rien, je suis contente d’avoir pu vous aider.

            _ A bientôt »

La réintégration à l’école comme signe d’efficacité de l’Ecole à l’Hôpital

L’Ecole à l’Hôpital a surtout pour but de permettre à des élèves de poursuivre leur scolarité durant une hospitalisation et ainsi, à leur retour, de pouvoir continuer celle-ci, sans devoir redoubler, rattraper totalement ce qu’ils ont manqué… L’objectif est donc qu’à leur retour à l’école, ils reprennent le cours des enseignements directement, de manière fluide, au même niveau que leur camarade.

Comment donc jauger de l’efficacité de ce dispositif ?

Les élèves, nous l’avons vu précédemment dans un autre article sont satisfaits de ce dispositif (à prendre avec des pincettes compte tenu de la source dont provient l’étude, l’association Ecole à l’Hôpital) mais une satisfaction n’est pas suffisant pour conclure de l’efficacité du dispositif. L’étude de la situation du Retour à l’Ecole, de la Réintégration de l’Ecole, voir comment celle-ci est abordée, peut être une piste intéressante pour nous et nous aider à nous rendre compte de l’efficacité de l’Ecole à l’Hôpital.

Malheureusement, compte tenu de la limite de temps de notre Enquête et de nos moyens techniques nous n’avons pas pu partager un questionnaire à un large panel d’élèves ayant vécu la situation. Mais nous avons pu tout de même faire appel et interviewer une lycéenne qui a vécu cette expérience de l’Ecole à l’Hôpital.

Voici un petit bilan de cette interview, dont vous pouvez aussi retrouver sur le site la transcription et l’audio :

Anouk a aujourd’hui 15 ans mais lors de son séjour à l’hôpital elle en avait 13. Elle a été hospitalisée pour une durée de 4 mois alors qu’elle était encore au collège, en classe de 4ème. Sans divulguer la raison de son séjour, elle a accepté de nous partager son expérience et ses sentiments sur la réintégration d’un élève qui passe d’un enseignement à l’hôpital à un enseignement dans une école classique.

Nous lui avons donc demandé de nous faire des appréhensions qu’elle avait avant de retourner au collège et des difficultés qu’elle a pu rencontrer à son retour. Comme nous pouvons nous en douter, Anouk appréhendait ce moment car elle avait peur de ne plus être au même niveau que ses camarades de classe. Ce fut effectivement le cas : elle trouva plus difficile de suivre les cours dans une classe d’une trentaine d’élèves alors qu’à l’hôpital elle suivait des cours quasiment individuels rappelant le système de cours particuliers. Le rythme était aussi plus difficile à suivre pour elle car elle avait été habituée à travailler entre 1 et 3h par jour contre 7 à 9h à son retour au collège.

Heureusement, un suivi est mis en place pour cette réintégration et les professeurs de l’hôpital sont mis en contact avec les professeurs de l’école classique, via un PAI (Projet d’Accueil Individualisé). Grâce à ce dispositif, Anouk a pu conserver des notes stables et finalement terminer son année correctement et passer dans la classe supérieure.

Pour ce qui était de s’adapter à nouveau à un grand groupe, cela fut aussi quelque peu difficile, Anouk était en effet habituée à travailler dans des petits groupes, voire seule. La peur de ne plus se sentir à sa place dans son groupe d’amis et auprès des autres élèves était présente, ainsi que le fait d’être traitée différemment par les professeurs à cause de son hospitalisation.

Mais Anouk a eu la chance d’être bien entourée, ce qui a facilité sa réintégration à l’école après avoir suivi l’Ecole à l’Hôpital pendant 4 mois.

Alors, que pouvons donc en conclure ? L’Ecole à l’Hôpital est-elle efficace ?

Il est indéniable que l’Ecole à l’Hôpital est efficace, sans ce dispositif les élèves ne pourraient pas poursuivre leur scolarité lors de leur hospitalisation. Cependant, la réintégration à l’école reste difficile, même si d’un point de vue scolaire cela se passe bien, le côté social est souvent compliqué. Comme nous l’avons vu, il est difficile de rompre l’isolement d’une hospitalisation et de se réhabituer à faire partie d’une classe surchargée. Il faut donc aussi prendre en compte l’aspect social de l’école et pas seulement l’aspect scolaire lors de l’Ecole à l’Hôpital. L’école est un lieu de socialisation. Il est donc bien de faire travailler les élèves pendant leur hospitalisation mais être élève est aussi synonyme d’activité et d’échange social. Il ne faut pas que les élèves oublient cela lors d’une hospitalisation car à la reprise rien ne les aura préparés à être de nouveau confrontés à une classe de trente élèves et cela génère souvent beaucoup d’anxiété, nuisant à leur bonne réintégration.

Enseigner à l’hôpital : du point de vue des enseignants

Après nous être familiarisées avec la situation et les différentes adaptations mises en place, nous nous interrogeons à présent, concrètement, sur le terrain, comment le professeur adapte sa posture, sa pédagogie.

Pour nous aider à trouver des réponses, nous avons cherché activement à discuter avec un professeur qui aurait de l’expérience dans le domaine. Nous avons alors envoyé des mails à l’association Ecole à l’Hôpital, aux services scolarités des hôpitaux Necker et du Kremlin Bicêtre, à la bibliothèque pédiatrique de l’hôpital Necker, nous avons aussi essayé de faire jouer nos connaissances ainsi que celles de nos professeurs qui ont encadré notre projet…mais en vain, nos recherches et efforts n’ont pas portés leurs fruits. Vous pouvez vous en doutez, nous sommes très déçues de ne pas pouvoir présenter et baser cet article sur une vraie expérience. Cependant, un travail de recherche comme celui-ci nous oblige à faire face à l’échec, nous forçant ainsi à nous adapter, et c’est ce que nous avons fait. En ce sens, nous n’avons pas échoué, car nous avons trouvé un autre moyen d’obtenir le témoignage de professeurs enseignant à des enfants malades. En effet, nous avons trouvé sur la chaine YouTube de l’association Ecole à l’Hôpital, une série de petites vidéos, intitulée ‘Paroles de Bénévoles’, où des professeurs enseignant à l’Hôpital raconte leur quotidien. Ces vidéos sont cependant à prendre avec des pincettes, elles proviennent de l’association elle-même et, en ce sens, leur contenu peut être un peu biaisé.

            Vous trouverez le lien des vidéos à la fin de notre article, dans la partie ‘bibliographie’. Libre à vous d’aller les visionner, nous vous proposons cependant un récapitulatif et nos analyses, point par point.

            Que pouvons-nous retenir de ces vidéos ?

  • Pourquoi, en plus de leur travail au sein d’un établissement scolaire, certains professeurs font du bénévolat à l’hôpital ?

Cela leur permet d’aborder l’enseignement différemment : moins de pression, moins d’élèves et donc pour eux plus de plaisir. Cela représente aussi un moyen de réinventer leur pratique à l’image de leur élève et donc, parfois, d’améliorer leur technique.

  • Pourquoi le choix du bénévolat à l’hôpital et pas ailleurs ?

Un professeur transmet des connaissances, des savoirs : le professorat est un métier humain et altruiste. Enseigner à l’hôpital pousse à l’extrême ces caractéristiques.

  • Enseigner à l’Hôpital apporte quoi au professeur ?

Les élèves à l’hôpital sont bien souvent plus réceptifs et contents de l’enseignement du professeur et cela fait plaisir et est gratifiant pour le professeur de voir que ce qu’il fait a du sens à quelqu’un et lui importe. Cela donne envie au professeur de continuer son accompagnement de l’élève : c’est là qu’il peut se rendre compte qu’il a bien choisi son métier et s’épanouir dans celui-ci.

  • Comment aborde-t-il l’enseignement à l’hôpital ?

Comme dit précédemment, enseigner à l’hôpital requiert d’aborder l’enseignement sous un angle différent et de rompre avec certains préjugés. Ainsi, certains professeurs ont pu se rendre compte qu’avec un enseignement efficace une séance peut avoir autant d’importance et de bénéfices que plusieurs. Pour cela, le relationnel est très important. Le professeur adopte ici une position d’accompagnement, et guide seulement l’élève lors d’une séance d’apprentissage, le laissant essayer, expérimenter et tirer des conclusions. L’élève est ainsi maître de son apprentissage : il est un élément actif de celui-ci et cela participe à l’efficacité de celui-ci. En laissant l’élève essayer de lui-même, l’enseignent améliore son autonomie et l’aide à construire de lui-même des bases théoriques et la démarche de recherche. De plus, le professeur construit son enseignement autour des besoins et des désirs de l’élève et en cela nous pouvons relier sa pratique aux fondements des pédagogies actives. L’enseignant devient donc un médiateur entre l’enfant et ce qu’il désire savoir, il le guide vers l’indépendance d’esprit, la curiosité et le désir d’acquérir de nouvelles connaissances, par lui-même. Dans la pédagogie active, on ne dit pas à l’enfant ce qu’il doit apprendre, mais on le laisse progresser à son rythme vers ce qu’il veut découvrir, et ainsi devenir acteur de son éducation. On le laisse grandir par lui-même grâce à ses compétences innées.

En conclusion, on peut voir que l’enseignement à l’hôpital se rapproche beaucoup, par certains aspects, des pédagogies actives et, en ce sens, s’inscrit pleinement au sein des thématiques vues en cours. On peut se rendre compte de la flexibilité des pédagogies actives : de la salle de classe à une chambre d’hôpital elles sont toujours aussi pertinentes et adaptées. Et donc, pourquoi pas les démocratiser plus largement au sein de l’école publique ?

Bibliographie :

https://www.youtube.com/channel/UCCXNIZSpn_VzNk_Id-B3MOQ/videos

Ecole à l’hôpital ou comment s’adapter pour la continuité pédagogique

Quand on pense à l’école à l’hôpital, il est naturel de se demander ‘comment’. Car oui, l’hôpital est aux antipodes de l’école et pourtant, comme nous le voyons dans notre enquête, ils ne sont pas incompatibles. La réponse à la question, nous pouvons déjà vous la donner, est ‘aménagements’ et ‘adaptations’. Donc, comment cela se traduit-il en pratique ?

La plupart des structures pédiatriques font appel à des associations, comme celle de ‘L’Ecole à l’Hôpital’, d’utilité publique crée en 1901. Voici quelques chiffres clefs venant du site internet de l’association : ‘500 enseignants bénévoles, 24 000 cours dispensés à plus de 4 000 enfants malades’ et cela qu’en Île-de-France ! L’association est agrémentée par l’Education Nationale, les cours sont dispensés par de vrais professeurs et sont adaptés à l’élève. Cela sous-entend plusieurs choses :

  • Que le cours est conçu en fonction des besoins d’un seul élève (et non d’une classe entière selon un programme),
  • Que le cours tient compte de la santé physique et psychologique de l’élève,
  • Que le cours se construit autour de l’élève,
  • Que le cours prend en compte les demandes et les suggestions de l’élève.

En effet, par ‘cours’ on entend plutôt un temps de travail et d’échange individuel avec un professeur. Les enseignants s’attachent, au travers de leurs cours individuels sur mesure, à maintenir et/ou à remettre à niveau le jeune patient. La méthode du cours un individuel a prouvé son efficacité : selon certaines études, elle s’est avérée être trois fois plus efficace d’un cours collectif. Au-delà de l’enseignement de leur discipline, les professeurs cherchent aussi à faire de ce temps d’hospitalisation une opportunité en encourageant et motivant l’élève, en l’aidant à mieux s’organiser dans son travail, à développer son esprit critique, bref à s’évader de l’univers de l’hôpital à se projeter vers l’avenir. Ceci est même le but premier de l’école et de l’éducation : préparer et outiller l’élève pour son avenir, lui permettre de choisir son futur.
L’association fait en sorte d’adapter sa pédagogie et de moderniser les outils mis à la disposition des enseignants.

Alors, en pratiques, quelles sont ces adaptations ?

Les enseignements étant construits autour de l’élève, il en est acteur. De fait, le personnel soignant et le personnel éducatif sont à son écoute. Cela est notamment possible grâce au format individuel du cours, qui permet à l’enseignement de se concentrer pleinement sur l’élève. Il peut alors s’établir une vraie relation de confiance, qui sera propice à l’apprentissage de l’élève.

Ensuite, l’élève à l’hôpital a un emploi du temps beaucoup plus allégé que l’élève à l’école, ce qui est logique compte tenu des soins dont il a besoin. L’emploi du temps de l’élève à l’hôpital est ainsi très flexible et modulable : il peut choisir le jour-même quel cours il a envie de suivre (en fonction des disponibilités des professeurs venant de l’extérieurs) ou même s’il se sent d’avoir cours. Le mot clef ici est choix : ‘choisir’ responsabilise l’élève, favorisant ainsi sa motivation et son attention. Un élève a qui on donne la possibilité de choisir va être un élève qui se sentira concerné par son apprentissage et y participera activement. L’enfant avancera à son propre rythme, ce qui favorisera la constance de ses progrès.

De plus, un temps d’étude plus court permet de concentrer l’attention de l’élève. Lors d’une journée scolaire classique, les élèves peuvent avoir jusqu’à 9h de cours, rester attentif et performant pendant 9h relève de l’impossible. Ainsi, par exemple, 3h de cours individuel à l’hôpital peut avoir les mêmes résultats pour l’élève que plus de 3h de cours à l’école ‘classique’. On peut parler ici d’optimisation de l’apprentissage. D’un point de vue cognitif, pour l’élève et son apprentissage il faudrait s’en tenir à l’adage ‘less is more’. L’élève peut ainsi utiliser son temps libre pour explorer ses centres d’intérêts, développer d’autres compétences ou attraits.

Les quelques adaptations évoqués ci-dessus, sont ce qui se passe couramment dans les services pédiatriques. Mais, existe-il une structure ayant poussé cette démarche plus loin ? La réponse est oui. Que se passe-t-il alors quand la démarche va plus loin ? Nous allons le voir tout de suite.

En effet, lors de nos recherches nous nous sommes demandées s’il y avait une structure plus organisée pour les enfants admis à l’hôpital pour une très longue durée et on a découvert la mise en place au CHU de Rouen d’un centre d’enseignement spécialisé, le CESAH. Ce centre d’enseignement accompagne les enfants de la maternelle jusqu’à la terminale. De manière plus simple, une mini-école au sein de l’hôpital a été créée pour répondre aux besoins des jeunes patients.

Les enfants ont la possibilité d’avoir cours avec des enseignants, pour la plupart bénévole mais aussi des professeurs spécialisés qui travaillent à plein temps dans la structure en plus d’enseignants du second degré qui interviennent les après-midis. Ceci permet un véritable suivi dans le temps personnalisé.

Contrairement aux autres établissements offrant des cours individuels nous nous sommes interrogées sur la notion de classe. Le CESAH a créé des classes, mêlant différents niveaux et encadrées par plusieurs professeurs spécialisés. Cela permet aux enfants de retrouver la configuration ‘classe’ auquel ils sont tant habitués. Cela permet aux élève d’avoir des vrais camarades de classe (et pas des camarades ‘d’hôpital’) et de poursuivre leur socialisation dans des conditions essayant de se rapprocher le plus possible de la ‘normal’.

Les professeurs travaillant au CESAH, sont au cœur du parcours hospitalier de l’élève. En cela, ils peuvent représenter une personne de confiance, en qui l’élève peut se confier. Lors d’un reportage sur la structure nous avons pu constater que les enseignants étaient très proches des élèves. En effet, on peut y voir un enfant faire un bisou et un câlin à son enseignante, montrant ainsi que la relation élève-professeur à l’hôpital transcende, va au-delà de celle dans le milieu scolaire. Cela peut être bénéfique pour l’apprentissage compte tenu du rôle que peut y jouer l’affect, mais il faut tout de même rester vigilant à ce que l’élève ne dépende pas trop du professeur.

Le but de cet organisme est d’accompagner les enfants pour que, de retour à l’école, ils ne soient pas perdus, en décalage de niveau avec les autres. Mais bien plus encore, ce temps de cours leur permet d’oublier leur maladie et de faire une pause. Un des objectifs est de normaliser la situation par un élément qu’ils connaissent tous, l’école. L’école est un véritable repère lors du développement d’un enfant, le foyer familial et le foyer éducatif sont au centre de la vie de l’enfant. C’est aussi une manière pour eux de leurs donner des objectifs à atteindre en dehors de leur maladie et un rappel qu’il y a quelque chose qui les attends après leur hospitalisation.

A-t-on de vrais résultats concrets ? Oui, une étude a été mené par l’association Ecole à l’Hôpital en 2016 afin de mesurer l’impact de leur mission. Un questionnaire a été soumis à leur jeune élèves. Voici quelques points intéressants :

  • Plus de 70% des jeunes interrogés souhaite continuer à avoir cours lors de leur hospitalisation longue
  • 80% des élèves apprécient le format de cours individuel
  • Les principales satisfactions des élèves sur le cours individuel sont d’avoir des explications sur des sujets qu’ils ne comprenaient pas, de pouvoir adapter leur programme et de pouvoir discuter avec le professeur.
  • Plus de 60% des élèves, à la fin d’un cours individuel, ont le sentiment d’avoir compris et appris quelque chose
  • 65% des élèves estiment que l’enseignement à l’hôpital leur ont permis de faire des progrès scolaires
  • Pour plus de 70% des élèves, le temps du cours permet de placer leur pathologie au second plan
  • Plus de 60% des élèves, à la fin d’un cours, se sentent contents.

En bref : Le rôle de l’enseignant est fondamental. Il est ainsi impératif qu’il exerce au mieux son rôle. Pour un apprentissage optimal et agréable, il doit s’adapter à son élève. Malheureusement, les enseignants dans les établissements scolaires publics ‘classiques’ n’ont pas la possibilité, la marge de manœuvre nécessaire à cela. Les conditions n’y sont pas propices. Par ce présent article, nous pouvons voir ce qui pourrait être amélioré dans le système scolaires et les pédagogies actuelles :

  • Moins d’élèves dans les classes,
  • Un emploi du temps mieux pensé autour de l’élève lui laissant du temps de s’épanouir ailleurs que dans le cadre scolaire,
  • Un regroupement peut-être par niveau scolaire contrairement à selon l’âge (plutôt pour la fin du collège et le lycée),
  • Des cours à la carte, que les élèves puissent choisir les matières qui les intéressent et qu’ils souhaitent suivre,
  • Des professeurs plus disponibles, pour cela il faut qu’ils soient plus nombreux,
  • Prendre en compte le rôle des interactions avec les pairs pour l’apprentissage, pourquoi pas des cours de soutien entre élèves en difficultés et élèves experts dans une matières (cela peut aussi permettre de soulager le professeur)

Ceci ne sont que quelques idées mais la réponse à certaines problématiques actuelles peut se trouver dans la situation de l’Ecole à l’Hôpital : on apprend de chaque personne que l’on rencontre et de chaque situation.  

Bibliographie :

http://ecolealhopital-idf.org/wp-content/uploads/2016/11/V7-Rapport-denqu%C3%AAte-%C3%A9l%C3%A8ves-LECOLE-A-LHOPITAL.pdf

https://www.chu-rouen.fr/service/centre-denseignement-specialise-a-lhopital/
https://www.chu-rouen.fr/service/centre-denseignement-specialise-a-lhopital/

Elèves à l’hôpital : zoom sur cette situation particulière

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est important de s’intéresser au contexte qui l’entoure. Comment se traduit la particularité de cette situation ?

Lors d’une hospitalisation longue, il devient nécessaire que l’élève fasse plus que simplement ‘rattraper les cours’ mais qu’il suive ceux-ci à l’hôpital, mêlant ainsi l’environnement hospitalier à la vie scolaire de l’élève. Il peut donc être difficile, pour l’élève mais aussi son entourage, de concilier son rôle d’enfant, de malade et d’élève ; les interactions qu’il aura avec le monde qui l’entoure vont changer, car un environnement nouveau s’offre à lui et il va devoir y trouver sa place. L’élève se retrouve à l’hôpital, un monde austère, différent de son environnement habituel, familier et sécurisant, malade et devant être soigné et en plus de cela continuer sa scolarité. Poursuivre sa scolarité peut ne plus être une priorité pour lui : se soigner étant la seule raison pour laquelle il est à l’hôpital. L’école paraît négligeable face à la situation dans laquelle il se trouve. Et pourtant, nous le verrons dans de prochains articles, que continuer d’accorder de l’importance à sa scolarité va être bénéfique pour l’élève et pas seulement d’un point de vue purement académique.

Cependant, l’élève hospitalisé ne se retrouve pas tout seul dans ce nouveau monde : d’autres enfants sont aussi hospitalisés avec lui et partagent la même situation que lui. Il est ainsi fort possible qu’il partage sa chambre avec un autre enfant par exemple. Une vraie proximité s’installe avec ces autres enfants avec qui il partage son nouveau quotidien et une vraie relation d’amitié, de camaraderie s’établit entre eux. Ils sont dans la même situation et crée une véritable communauté, au sein de laquelle règne bienveillance, confiance et entraide. Ce genre de relation ne se retrouve généralement pas dans une cour de récréation. C’est cette communauté qui va remplacer la notion de ‘classe’ qu’il connait et même aller au-delà de celle-ci et va l’aider à s’intégrer dans le monde d’adulte qu’est l’hôpital et à garder son rôle d’enfant et d’élève. L’élève, séparé de sa famille et de ses amis, va trouver dans cette communauté un nouveau point d’ancrage autour duquel il pourra baser son quotidien et construire un nouveau sentiment d’appartenance.

Finalement, lors de l’apprentissage, l’environnement de l’élève, que ce soit l’environnement physique ou social est très important, de nombreux courants de pédagogie et d’éducation considère essentiel l’apprentissage de la vie sociale par exemple. Alors, ce qui va être intéressant dans notre enquête c’est de réfléchir et de voir comment dans un milieu si austère et particulier (l’hôpital) va être crée une situation favorable à l’apprentissage de l’enfant, c’est-à-dire qu’elles vont être les adaptations mises en place pour pallier à la situation difficile dans laquelle se trouve l’élève et essayer de lui faire continuer sa scolarité le plus ‘normalement’ possible.

Les Bracelets rouges | TF1

Bibliographie :

Reportage France Télévision ‘au cœur de l’hôpital pédiatrique’ : https://www.youtube.com/watch?v=XDWuR-lG-38

Série TF1 ‘les bracelets rouges’

Notre projet :

Bienvenue sur notre blog !

Ce site représente le fruit d’un travail d’enquête que nous avons pu effectuer dans le cadre de notre cours sur les Pédagogies Actives. Nous sommes 6 étudiantes en deuxième année de licence et nous nous destinons toutes à l’enseignement et à l’éducation. Ce cours nous a permis de nous interroger sur un sujet en lien avec les pédagogies, les manières d’enseigner, nous permettant ainsi de voir plus loin que les bancs de l’école. Car il n’y a pas qu’à l’école que l’on peut apprendre !

Notre travail se basera ainsi sur l’enseignement et les façons d’enseigner utilisées dans l’environnement si particulier qu’est l’hôpital.  En effet, pour cette enquête, nous avons voulu en savoir plus sur la continuité pédagogique à l’hôpital, lorsqu’un élève est hospitalisé et doit poursuivre sa scolarité temporairement dans ce milieu médical, et surtout comment cela est mis en place. Plusieurs questionnements guideront notre enquête et feront l’objet d’article individuel, reflétant ainsi un véritable cheminement dans notre pensée et dans notre travail. Ce blog sera comme le journal de bord de notre enquête. Les différents articles nous permettront d’avoir une vision globale sur cette situation particulière et de parvenir à une conclusion finale.

Alors enfilez votre tenue de détective, munissez-vous de votre loupe et menez l’enquête avec nous !

 Nafissa, Lola, Aïda, Julia, Inès et Anaëlle

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